Une féminisation en hausse… à certains niveaux seulement
Entre 2013 et 2021, la France a enregistré une croissance de +50,4 % du nombre de femmes diplômées dans le numérique, passant de 4 002 à 6 020 diplômées. Cette progression, bien que significative, reste inférieure à la moyenne européenne (+89 %). Elle s’explique principalement par une amélioration dans les diplômes de cycle court et de niveau licence.
Mais cette dynamique ne s'étend pas aux niveaux master et doctorat, ni aux spécialisations industrielles, où la proportion de femmes chute. En 2021, la part de femmes diplômées dans le numérique reste inférieure à 20 %, et certaines fonctions techniques ne comptent toujours que 14 % à 18 % de femmes en poste.
Des freins genrés toujours bien ancrés
Plus de 40 % des étudiantes en école d’ingénieurs déclarent avoir été dissuadées de s’orienter vers les STIM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), un taux stable par rapport aux années précédentes. À l’inverse, la proportion d’hommes se sentant découragés est en baisse, creusant un écart notable selon le genre.
Dans le numérique, les chiffres sont plus préoccupants encore : 56 % des étudiantes indiquent que les motifs de découragement sont liés à leur genre. 26 % d’entre elles déclarent avoir entendu que ce ne sont “pas des métiers pour les femmes” et 30 % évoquent une hostilité du milieu. Chez les hommes, cette dernière proportion tombe à 1 %.
Stress, sentiment d’illégitimité et perte de reconnaissance
Les étudiantes se déclarent de moins en moins “très satisfaites” de leur parcours, à l’inverse des étudiants, pour qui cette satisfaction est en hausse. Dans les STIM hors numérique, cette chute est de -3 points entre 2021 et 2025 ; dans le numérique, elle atteint -8 points. Parmi les causes évoquées : un sentiment de ne pas être à sa place, une reconnaissance moindre pour le travail accompli, et un accompagnement perçu comme insuffisant.
Les chiffres sont parlants : 51 % des étudiantes STIM hors numérique affirment ne pas avoir le niveau pour réussir, contre 39 % des hommes. Le stress est également plus présent chez elles, avec un écart de 22 points par rapport aux hommes dans les STIM hors numérique, et de 23 points dans le numérique.
Stéréotypes sexistes : des reculs timides
Les comportements sexistes restent fortement ancrés dans l’expérience des étudiantes. En 2025, une étudiante sur cinq a été témoin de harcèlement sexuel dans son cadre d’études. Un tiers a entendu que “les femmes sont faites pour s’occuper des enfants”, et une sur trois affirme avoir entendu que les filières STIM ne sont pas faites pour elles.
Si la proportion de victimes de comportements sexistes diminue (-10 points dans les STIM hors numérique, -2 points dans le numérique), ces chiffres témoignent encore d’une ambiance perçue comme excluante. Et cette perception est aggravée par une réalité : les femmes sont toujours nettement sous-représentées dans les fonctions d’encadrement et les rôles spécialisés.
Entrepreneuriat : des ambitions freinées dès la formation
Les étudiantes et étudiants connaissent globalement les mêmes dispositifs d’accompagnement à l’entrepreneuriat, mais leur impact est inégal. Seules 15 % des étudiantes en STIM estiment que leur participation à ces dispositifs a renforcé leur envie d’entreprendre, contre 32 % des étudiants. Dans le numérique, l’écart est similaire.
Les verbatims recueillis dans l’étude révèlent que les étudiantes évoquent majoritairement des motivations personnelles ou une volonté d’impact, mais très peu parlent de l’apport direct des dispositifs. À l’inverse, 55 % des étudiants du numérique les jugent utiles. Cela pose la question de leur accessibilité réelle et de leur capacité à répondre aux besoins spécifiques des futures entrepreneuses.
Lien vers l’étude : urlr.me/cxwNvj